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10 décembre 2007 1 10 /12 /décembre /2007 18:22

Fouilleur de poubelles et militant contre le gâchis alimentaire

  Crédit photo : AFP - Boris Horvat
 

Pierrick Goujon, adepte du "freeganisme", mode de vie alternatif venu des Etats-Unis et qui s'oppose à la surconsommation, fouille des poubelles, le 14 novembre 2007 à Aix-en-Provence.



"Tant qu'elles sont sur la voie publique, je peux faire ce que je veux", souligne ce jeune homme de 25 ans, de son vrai nom Pierrick Goujon, tignasse en bataille et regard clair. Il a choisi la rue à 18 ans et vit actuellement entre sa camionnette et l'appartement de son amie.

Les "freegans", mot anglais traduit en français par "déchétariens", limitent au maximum leur consommation en sauvant ce qui peut l'être dans les poubelles des commerces ou des particuliers.

Militant convaincu, Triskel se nourrit de ce qu'il trouve et redistribue le surplus car "bouffer des restes ne suffit pas à faire de vous un freegan". Il donne aux SDF, aux squatteurs, aux amis. Il alimentait aussi les étudiants grévistes de la faculté de lettres d'Aix-en-Provence pendant son occupation.

Dans la nuit, il allume sa lampe frontale et "plonge" dans une benne. Première trouvaille, des paquets de salade, qu'il presse contre sa joue pour s'assurer qu'ils ne sont pas troués. Ils sont périmés de la veille mais "ce n'est pas à minuit pile qu'ils se transforment en poison".

Il attrape champignons, carottes, artichauts, viennoiseries mais aussi un poulet, jugé bon à l'odeur, et quatre crèmes au chocolat non périmées, jetées bien qu'une seule fût percée. Il se méfie des laitages. "Les seuls retours négatifs que j'ai de la redistribution, c'est avec les yaourts".

Devant "une telle abondance", il se permet de choisir et écarte du Bleu de Bresse, du jus de pamplemousse et du pain industriel. "Il est bien meilleur dans les poubelles des boulangeries".

Une demi-heure passe, la pêche est terminée. Pierrick veille à ne rien laisser traîner et quand les éboueurs arrivent, il leur donne un coup de main. "Si ça continue, il vont finir par t'embaucher", plaisante l'un d'eux.

Parfois, cela se passe moins bien. Dans un autre supermarché du centre-ville, on a versé de l'eau de Javel dans les poubelles pour l'empêcher de fouiller. Quant aux grandes surfaces de la périphérie, elles sont souvent équipées de broyeuses.

Triskel fait sa tournée trois fois par semaine, dans sa camionnette multicolore avec sa chienne Ozone, souvent seul. Il y a encore peu de "freegans" en France comparé aux Etats-Unis. On les croise sur le site internet que Triskel a créé pour promouvoir et organiser le mouvement, et qu'il anime depuis un ordinateur portable branché sur la batterie du camion. Il enregistre de 50 à 100 visites par jour.

Pierrick voudrait un local de stockage et aménager une cuisine communautaire, "pour avoir encore plus de partage". Mais c'est encore "à l'état de rêve", glisse-t-il en fumant du tabac roulé, l'une des rares choses qu'il consent à acheter.

Pour payer l'assurance de la camionnette et son téléphone, il gagne une centaine d'euros par mois comme ferrailleur, mais aussi grâce aux bannières de publicité (petite concession à la société de consommation) mises sur un autre site internet, où il confie ses tuyaux pour récupérer les métaux.

Après des années marquées par l'alcool, il dit s'en être sorti grâce aux poubelles: "Ca m'a donné un but dans la vie: lutter contre le gâchis". Si on lui proposait un "super emploi", il refuserait encore "d'acheter de la nourriture en France". Car "même moi", confie-t-il dans un sourire, "il m'arrive d'en jeter".

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Published by laurent michel - dans REPORTAGE-DOCUMENTAIRE
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